Carl Schlyter

Carl Schlyter est député européen depuis 1999 pour le parti Vert suédois.


Son parcours personnel/militant

Depuis combien de temps es-tu chez les Verts ?

Je suis ingénieur chimique, spécialisé dans les biotechnologies et l’ingénierie environnementale. J’ai eu un projet de recherche qui m’a amené au Brésil. Avant je pensais qu’on pouvait trouver des solutions techniques à tout. Quand je suis allé au Brésil, j’ai rencontré des enfants des rues. J’ai réalisé que lorsque les gens ne mangent pas à leur faim, ils ne se soucient pas de l’environnement. Et ceux qui n’ont pas été à l’école ne peuvent pas user de leurs droits démocratiques, les injustices sont tellement fortes qu’il est difficile d’y remédier. J’ai alors découvert que les Verts avaient des préoccupations sociales et environnementales, et des préoccupations globales. J’ai trouvé que c’était vraiment bien, et je les ai rejoins. C’était en 1994. J’ai toujours été intéressé par l’environnement mais jusque-là je ne percevais pas le contexte politique.

Depuis combien de temps es-tu député européen ?

C’est mon premier mandat d’élu, mais je suis ici depuis plus de 10 ans. Avant je m’occupais du contrôle du budget et de la lutte contre la fraude pour les Verts. Je viens juste de décider de me représenter, sachant que pour les Verts suédois, on ne peut pas être élu plus de 2 fois, donc 10 ans au maximum. Après, je ne sais pas. Je veux être libre au moins pendant un an après tout ça, ne pas travailler pour de l’argent, faire de la philosophie ou autre chose. Ensuite je verrai ce qui se passera.

As-tu d’autres mandats ?

Non, c’est la première fois que je suis élu. C’est possible en théorie d’avoir 2 mandats en même temps, mais personne ne le fait. Vous ne pouvez pas avoir un mandat européen et national, c’est illégal. Au niveau local, c’est possible, mais personne ne le fait. Par exemple, je suis dans le conseil des Verts mais ce n’est pas un mandat public formel. Ce n’est pas l’usage en Suède.





Son parti vert

Peux-tu nous présenter ton parti ?

Il a été lancé en 1981, une année après que nous ayons perdu le référendum sur le nucléaire. Avant, il y avait des partis verts locaux. C’était en réaction à cette défaite : le mouvement pour la paix, le mouvement contre le nucléaire, le mouvement de femmes, le mouvement environnemental se sont rejoints. La première fois que nous avons été élus, c’était en 1982, aux élections locales. Et 1988 à l’assemblée nationale.

Quelle est la représentation des Verts dans la vie politique de ton pays ?

Les Verts sont influents car nous avons coopéré avec le gouvernement et, avant cela, nous avons introduit quelques questions politiques nouvelles, relatives au marché du travail, à l’immigration (pro immigration)… Nous n’avons jamais eu de ministres. Les socialistes ont toujours gouverné tous seuls. Mais à la prochaine élection, ca sera probablement différent, parce qu’avant nous ne voulions jamais être à gauche ou à droite. Nous voulions "être entre". Mais maintenant c’est impossible. Tous les partis de droite ont fait une alliance solide. Par conséquent, il n’y a que la gauche qui reste. Nous nous situons au centre, parce que nous détestons vraiment la prise de décision centralisée que la gauche souvent met en place. Nous croyons vraiment que la chose positive à droite c’est la liberté individuelle. Ensuite, ce que nous avons de commun avec la gauche, c’est l’idée que lorsque les gens utilisent leur liberté individuelle, ils peuvent limiter la liberté des autres. Et là il y a besoin de l’intervention du gouvernement. Et les autres, il ne s’agit pas seulement des autres humains dans votre pays, ce sont les autres humains dans le reste du monde, les autres humains des prochaines générations, les animaux, etc. Aussi, pour ces raisons, nous avons de besoin de restreindre la liberté, mais notre concept de base est un peu similaire à celui des sociaux-libéraux : croire en la liberté des gens mais avec une société qui doit veiller à limiter les effets d’une telle liberté. Donc nous ne sommes ni à gauche, ni à droite, même si l’on se retrouve du côté de la gauche maintenant, car l’ensemble de la société a bougé tellement vers l’individualisme et la droite. Donc nous sommes un petit peu à gauche maintenant, mais ce n’est pas notre espace traditionnel. C’est différent de beaucoup d’autres Verts.

Quelle est ton implication dans les instances de ton parti ?

J’y suis responsable des questions de consommation et d’énergie.

Quelle est la place des questions européennes au sein de ton parti ?

Elles n’ont pas une place très importante, mais elles sont néanmoins significatives car nous avons toujours été un parti eurosceptique. C’est la raison pour laquelle nous avons beaucoup de crédibilité, car les Suédois sont toujours très eurosceptiques. Les Verts suédois veulent même que la Suède quitte l’Union européenne, car nous pensons qu’elle n’est pas démocratique, qu’elle n’est pas solidaire avec les autres pays et qu’elle exploite les pays pauvres. C’est toujours la position. Cependant, les nouveaux membres locaux dans les grandes villes, et les jeunes entre 25 et 39 ans dans les grandes villes, sont en général beaucoup plus pro-européen… Aussi nous avons un petit changement dans le parti vers une position pas moins eurosceptique mais moins tranchée sur l’idée que nous devrions quitter l’UE. Mais ca reste quand même toujours une réalité très forte : au dernier vote au Congrès, 94% se sont prononcés en faveur d’une sortie de l’UE et 4% était contre.

Ma position en tant que député européen n’en est que plus facile, car je n’ai pas besoin de défendre les mauvaises choses qui se passent ici. Je n’ai pas d’Union européenne à protéger, donc je peux dire honnêtement ce que je pense des différentes choses. Je n’ai pas besoin de cacher les problèmes économiques. Je n’ai pas besoin de cacher la corruption. Je n’ai pas besoin de rester silencieux a propos du lobbying d’entreprise. Je peux parler de tout ça, et je pense que c’est bénéfique pour la démocratie. L’UE a besoin d’eurosceptiques pour permettre une discussion ouverte. Je pense que c’est même très positif. Bien sûr les gens sont ennuyés, parce que ce genre de discours les met dans une position inconfortable. Beaucoup de gens sont frustrés que la presse soit toujours si négative. Mais si nous cachons les problèmes, nous ne les résoudrons jamais. Il y a 74 à 83% de l’ensemble des lobbyistes ici qui viennent des entreprises transnationales. C’est déséquilibré et cela affecte la démocratie. Soyons simplement honnêtes et ouverts et reconnaissons que c’est un très gros problème. C’est la raison pour laquelle je veux quitter [l’UE]. Cependant, aussi longtemps que nous serons ici et aussi longtemps que nous coopérerons avec nos amis Verts, nous disons qu’il faut être honnête sur ce problème, ne plus avoir peur d’être critique, dans le but de le combattre. Parce que personne ne souhaite que ce soient les lobbies d’entreprises qui décident ici, surtout pas les Verts.





Son activité au Parlement européen

Quels sont les grands dossiers sur lesquels tu travailles ?

Mon plus gros travail a été Reach, la législation européenne sur les produits chimiques. Voilà un bon exemple du lobbying d’entreprises, en particulier de l’industrie chimique allemande. Une proposition qui initialement permettait d’examiner 30 000 produits chimiques va maintenant examiner seulement 13 000 substances chimiques, moins de la moitié. C’est la conséquence du lobby. Mais ça reste un projet ambitieux, même si il a inutilement été affaibli. Les bénéfices en termes de santé ont été réduits. On a gagné quand même plusieurs choses : moins de tests animaux, et plus de transparence…
Je travaille également beaucoup sur la politique générale en matière de substances chimiques : la lutte contre le mercure, les polluants organiques, les substances chimiques dans les différents produits de consommation, notamment l’alimentation. Je travaille donc sur l’alimentation, les produits chimiques et la politique de développement. Je travaille également à un rapport sur les déchets de poisson. L’UE pêche beaucoup de poissons, mais beaucoup sont remis à la mer. Je travaille enfin à un rapport informatif sur les conditions des petits fermiers dans les pays en développement.

Quelle est ton analyse de la vie politique au Parlement européen ?

[Les Verts au PE] ont été "productifs". Mais le Parlement aujourd’hui, après l’élargissement, est dominé fortement par les partis de droite qui se focalisent sur l’économie, pas sur l’écologie. Nous avons donc un problème. Le Parlement est actif en ce qui concerne les droits de l’homme et joue vraiment un rôle positif. Parce que sur ce sujet, nous formons une majorité avec les Libéraux. Mais concernant les politiques environnementales, nous vivons des temps difficile. Mais j’espère que le débat sur le changement climatique va changer les choses.


Sa vision sur l’Europe des Verts

Quels sont les grands défis au niveau européen dans les années à venir ?

J’estime que l’Europe doit prendre garde à ne pas tirer les mauvais enseignements de la dernière guerre. Je pense que en faire un projet nationaliste au niveau européen c’est juste répéter les vieilles erreurs. Nous devons l’éviter. J’apprécie les discussions et les échanges d’idées et de vues ici. Mais à cause du lobbying et du reste, je ne suis pas sûr que la prise de décision devrait être centralisée [au niveau de l’UE]. Cela donne trop peu de flexibilité aux petits pays pour essayer des solutions nouvelles, pour essayer des modèles sociaux différents… Avec si peu de flexibilité, les gens peuvent être frustrés et commencer à voter pour des partis nationalistes et des partis populistes. Ce n’est pas bien. Aussi je pense que nous devrions identifier les problèmes et élaborer certaines législations ici. Par exemple sur les taxes environnementales, c’est évidemment une compétence européenne. Mais en dehors de ça, nous devons être prudents pour ne pas nous enfermer dans une prise de décision centralisée. Beaucoup de Verts pensent que si nous mettons la politique sociale au niveau européen, nous résoudrons le problème actuelle de l’Europe néolibérale. Mais si nous mettons la politique sociale dans les mains de l’Europe néolibérale, nous risquons d’avoir une politique sociale néolibérale. Il faut faire très attention à ça. Des discussions, quelques projets communs [au niveau de l’UE] et quelques lois, surtout en environnement et pour les Droits de l’homme, c’est très bien. Pour le reste, on devrait avoir plus de recommandations et de conseils, et ne pas dicter des règles. Je pense que ça aiderait les gens à sentir qu’ils ont du pouvoir…

Quel rôle peut prendre le Parti Vert Européen ?

Chaque fois que je vais [aux réunions du PVE], j’en reviens avec beaucoup de bonnes idées que je peux utiliser dans mon travail ici, ou au niveau national ou au niveau local. Je trouve ça bien. La même logique devrait s’appliquer ici. [Le PVE] ne doit pas être un parti vert centralisé. J’aime le modèle fédéral, où tout le monde vient avec ses idées nationales, on discute, on voit ce qui est bien, ce qui ne l’est pas, on trouve des compagnes communes. C’est ce que j’aime. Essayer d’être trop ambitieux risque de… ça deviendrait simplement un projet pour l’élite à Bruxelles et pour le leadership du parti. Si [le PVE] commençait à prendre des décisions qu’il faudrait suivre, ces positions seraient prises au niveau central, et je pense que le parti risquerait d’avoir son propre agenda européen, sans lien avec les partis nationaux et leur agenda européen. Le parti vivrait sa propre vie, ça ne serait pas bien. Mais j’aime le modèle actuel, et j’aime la coopération. C’est très positif d’y participer. Mais c’est la même chose que pour l’Union européenne vraiment : ça ne doit pas être transformé en corps de prise de décision.

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