Jean LAMBERT

Elles sont deux députées anglaises au sein du Groupe Vert au Parlement européen. Comme sa collègue Caroline Lucas, Jean Lambert est députée européenne depuis 1999 pour le parti vert d’Angleterre et du pays de Galles. Elle est élue à Londres.

Son parcours personnel et militant


Depuis combien de temps es-tu chez les Verts ?

Je suis membre des Verts depuis 30 ans. J’y suis depuis quasiment les premiers jours du parti. Le parti du Royaume-Uni a été fondé en 1973, d’abord comme le parti des gens (« PEOPLE ») Je l’ai rejoint en 1975, quand il est devenu le parti de l’écologie. Nous sommes devenus les Verts en 1985.

As-tu eu d’autres mandats ?

C’est vraiment difficile au Royaume-Uni pour les Verts d’être élu. Je n’ai jamais vraiment voulu être élue locale. J’ai toujours voulu voir l’image en grand, et la législation la plus globale. Donc, mon seul mandat électoral est comme députée européenne. Je me suis présentée une fois au niveau local, une fois au niveau national, mais simplement parce que nous avions besoin de candidats. D’autant que je travaillais comme enseignante et qu’au Royaume-Uni vous ne pouvez pas être élu dans l’autorité locale dans laquelle vous travaillez, parce qu’autrement il y a conflit d’intérêt.



Vas-tu te présenter aux prochaines élections européennes ?

Je vais me présenter pour la sélection, et mon parti décidera par un scrutin de tous les membres de ma région, environ 1500 personnes à Londres…espérons qu’ils seront un peu plus quand nous y serons. Ils décident par vote postal qui est sur la liste et l’ordre de la liste. (…) A Londres, nous aurons de la chance si nous arrivons à garder un député européen. (…) L’électorat vert, nous ne le connaissons pas très bien. C’est un électorat très divers. Je pense que nous avons beaucoup de personnes qui ne peuvent plus voter pour le parti travailliste. Au-delà, c’est difficile de savoir. (…) Et il est également possible bien sûr que nous ayons une élection générale [législative] le même jour, dans ce cas qui sait, parce que la participation sera alors le double de ce qu’elle est pour les élections européennes. (…)


Son parti vert


Peux-tu nous présenter ton parti ?

Mon parti est le parti vert d’Angleterre et du Pays de Galle. Il y a un parti vert différent pour l’Ecosse, qui est totalement indépendant. Quand je parle de l’échelon régional, pour moi, c’est Londres. L’échelon national, c’est celui de l’Angleterre et du Pays de Galle. Nous défendons le droit pour les gens de décider eux-mêmes s’ils veulent être membres du Royaume-Uni, et les Verts en Ecosse sont pour l’indépendance écossaise. Il y a une véritable ironie. En ce moment, le Royaume-Uni est en réalité un état fédéral, mais l’idée que nous puissions faire partie d’une Europe fédérale reste horrible au Royaume-Uni. Il y a ces contradictions. Dans le parti vert d’Angleterre et du pays de Galles, historiquement, nous avons été très divisés, au cours de ces 20 dernières années, même à propos de notre adhésion à l’UE. A un moment, nous avions même une position de retrait. Ca a changé pour une position qui demande plutôt des changements constructifs en son sein.

Quelle est la représentation des Verts dans la vie politique de ton pays ?

Nous n’avons pas de députés des Verts dans le Parlement national. Tout ce dont nous avons besoin serait un député dans le parlement national, ce qui pourrait transformer notre image politique. Parce que pour les médias britanniques, le parlement de Wesminster est là où toute l’action se trouve. Mais nous avons un système majoritaire, et ce n’est même pas à 2 tours, donc il n’y a rien à négocier. C’est un système majoritaire à un tour. C’est très difficile.

Quelle est la place des questions européennes au sein de ton parti ?

C’est plus facile de parler des questions européennes dans ma circonscription que ça l’est dans mon parti. Surtout que beaucoup d’organisations avec lesquelles je travaille ont des liens avec l’Europe, parce qu’elles reçoivent des financements européens par exemple ou parce qu’elles savent que l’Europe est active sur les questions qui les concernent. (…) Il y a un réel manque de connaissance, à différents niveaux et pas seulement au niveau de la base, sur comment le Parlement européen travaille, comme vous y êtes élu, etc. Je rencontre encore des gens qui pensent que c’est le Gouvernement qui nomme les membres du Parlement européen, ce qu’il faisait avant 1979 ! Mais je pense que c’est toujours assez difficile au Royaume-Uni d’avoir un débat sur l’Union Européenne, un débat ouvert. Chacun vient avec ses préjugés. Par ailleurs, quand vous faites un débat dans votre parti, beaucoup dépend de qui organise le débat, notamment par rapport aux conclusions qui en découlent. Cela dit, nous avons une position dans la région londonienne qui propose une vision différente de l’Europe par rapport aux autres coins du pays, une vision plus pro-européenne. Londres est une ville internationale… (…)



Quelle est ton implication dans les instances de ton parti ?

J’ai un lien très formel avec mon parti au niveau régional parce que nous sommes élus régionalement. Au niveau national, je n’ai pas beaucoup de relations avec mon parti. Caroline, ma collègue au Parlement, qui a été élue dans la région du Sud Est, était membre élue dans l’exécutif national pendant un moment. Moi, je ne l’ai jamais été. Mais je suis impliquée au niveau régional. Nous avons une sorte de comité de liaison au niveau régional qui rassemble tous les responsables de la région, moi-même et deux membres élus à l’assemblée de Londres. C’est ça le lien. (…) Il se trouve aussi que je suis mariée à quelqu’un qui est très actif dans ce qui est toujours mon parti local, de fait j’ai une réelle connexion par ce biais. Quand nous avons été élues la première fois, Caroline et moi, nous faisions également une newsletter (…) qui était envoyée à tous les adhérents [du parti national]. Nous ne le faisons plus. Nous utilisons le magazine du parti un peu plus. Mais bien sûr nous avons aussi d’autres publications que nous demandons au parti de distribuer. (…)

Es-tu présente dans ta circonscription ?

Je retourne à Londres tous les week-ends. Il est impossible de couvrir l’ensemble de la région géographique. Donc j’ai choisi de travailler avec ce que je décris comme des « circonscriptions d’intérêt ». Par conséquent, chaque fois que nous décidons d’une action particulière, j’essaie de rencontrer les organisations concernées. Par exemple, avec les personnes agées, particulièrement si le Parlement a produit un document sur les retraites. A partir de ça, vous pouvez faire le lien avec toute une série d’organisations locales, en leur disant : « voilà ce que le Parlement est en train de faire, j’aimerais en discuter avec tous, pour savoir ce que vous en pensez, pour vous expliquer ce que le Parlement fait, etc. ». C’est comme ça que je travaille. Parfois, je fais ça durant la « semaine de circonscription ». (…) Parfois, c’est le vendredi que je fais ça, quand je rentre.


Son activité au Parlement européen


Quels sont les grands dossiers sur lesquels tu travailles ?

Je n’ai pas choisi d’être membre de la Commission Emploi et Affaires Sociales du Parlement, qui est ma commission principale. Par contre, j’ai choisi d’être dans la Commission Libertés Civiles. Mais j’ai pris le parti que, quelque soit la commission dans laquelle vous êtes, vous devez la faire fonctionner pour votre agenda politique. Il y a des dossiers sur lesquels je travaille pour lesquels je n’avais aucune ambition politique. Par exemple, je travaille sur la portabilité des retraites supplémentaires. Ca n’a jamais été parmi mes objectifs politiques, mais c’est un dossier très important, donc quelqu’un doit le suivre ; et nous partageons ce dossier. (…) J’ai également pris le parti que ce que je voulais essayer de faire, c’est d’étendre le groupement de gens qui peuvent considérer supporter les verts. Par conséquent, de nombreuses questions sur lesquelles je travaille, les gens sont très surpris de constater que les Verts travaillent dessus. Ils pensent que nous nous consacrons toujours uniquement à l’environnement. Je peux rencontrer les gens avec un programme sérieux, par exemple sur les services publics, et c’est vraiment un plus.

Quelle est ton analyse de la vie politique au Parlement européen ?

Je trouve la vie politique du Parlement très positive. Oui, ça peut être très frustrant par moments, quand les alliances politiques ne vont pas dans votre sens. Vous pouvez être marginalisé. Mais je pense aussi que ça diffère en fonction des Commissions parlementaires et des questions traitées. C’est beaucoup plus difficile d’obtenir une majorité dans la Commission des affaires monétaires que ça ne l’est dans la Commission Emploi. Mais, d’une manière générale, je pense que beaucoup de gens sont plutôt ouverts et comprennent qu’il faut travailler ensemble. Ca signifie que vous ne faites pas tout le temps comme vous voulez, mais que vous pouvez aussi faire avancer les choses. Donc je trouve ça plutôt bien. Et travailler avec les autres partis verts, d’une manière générale, je pense que nous fonctionnons très bien entre nous comme groupe politique. Nous savons que nous aurons des différences sur certains points et certaines choses que nous ne pouvons supporter, une certaine perspective nationale (…).

Quelles sont tes frustrations et tes satisfactions en tant que députée européenne verte ?

Je ne suis pas sûre que nous ayons complètement réussi quoique ce soit. Une des choses que je voulais faire était d’essayer de développer une réflexion autour de l’emploi et d’une approche verte de cette question. Car si nous ne nous en occupons pas, nous ne pouvons pas parvenir à nos objectifs. Si nous n’avons pas une force de travail qui comprend l’environnement, qui comprend qu’il faut développer des maisons durables, nous ne réussirons pas. Aussi, j’ai travaillé sur cette question, et je pense qu’une des choses dont je suis le plus fière c’est la stratégie de développement soutenable de l’UE qui comprend maintenant un paragraphe sur l’importance de la formation, particulièrement dans certains secteurs (architecture, ingénierie, construction…). J’ai également réussi à établir un lien avec les Verts au niveau de Londres pour obtenir des financements afin de développer la recherche pour voir ce qui devrait être changé au niveau du programme de formation. Ma frustration c’est que la Commission [européenne] continue à ne pas prendre ça suffisamment au sérieux. Donc, le travail pour les 2 prochaines années va être de les pousser à faire ça. Je pense que je dois regarder l’ensemble de tout ça comme un processus en cours. Mais, en termes personnels, je pense qu’il y a des choses auxquelles j’ai contribuées pour les Verts. Je pense que j’ai aidé à développer la réputation des Verts en ce qui concerne les questions d’immigration et d’asile, et je pense que j’ai également aidé à créer notre solide réputation sur la question des services publics.


Sa vision sur l’Europe des Verts


Quels sont les grands défis au niveau européen dans les années à venir ?

Concernant le futur de l’Europe, la grande bataille du moment est probablement de garder les quelques acquis que nous avons réussi à avoir dans le traité Constitutionnel. Je suis vraiment inquiète sur le fait que ce que nous allons avoir sera un traité qui se limite uniquement au rôle de la Commission, etc., ce qui est important, mais nous savons déjà qu’il y a une position à nouveau défendue pour que la Charte des droits fondamentaux ne soit pas dans le nouveau traité, que le gouvernement britannique est d’ailleurs réticent à avoir, et je pense que ce sera un réel retour en arrière. Parce que la Charte des droits fondamentaux donnait une chance d’avoir un instrument pour équilibrer toutes les autres choses dans le traité que les Verts trouvent vraiment difficiles à avaler. Je pense aussi que nous allons avoir plus de progression sur les questions de défense qui se fera sans la surveillance parlementaire. C’est un problème réel. Il y aura plus d’inter-gouvernementalisme et nous n’aurons pas un droit d’examen automatique en tant que Parlement. Ca ne règlera en rien le déficit démocratique. Ce sont là mes grosses inquiétudes

Comment les Verts comptent y prendre part ?

En ce qui concerne les Verts, un des aspects sera de rester distinctif maintenant que d’autres mouvements politiques deviennent beaucoup plus sérieux sur les questions de changement climatique. Et je pense qu’ils le sont. Deuxièmement, je pense que nous ne faisons toujours pas suffisamment pour vraiment aider les mouvements verts à se développer dans les pays d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Je sais que nous avons maintenant des Verts dans le parlement en Estonie, et nous avons des Verts dans le gouvernement de République Tchèque. Mais il y a toujours de très grands pays, comme la Pologne, la Hongrie, dans lesquels je ne suis pas sûre que nous ayons une réelle stratégie cohérente sur la manière dont nous allons aider ces partis. Pourtant, nous nous approchons de la prochaine élection européenne. Et dans le prochain Parlement européen, il est vraiment important que nous ayons un groupe vert très important, très actif.

Quel rôle peut prendre le Parti Vert Européen ?

Je pense que le Parti Vert Européen est largement inconnu en tant que parti politique. Je pense que c’est le cas, même parmi nos propres partis dans de nombreux pays, pas dans tous les pays, mais dans nombre d’entre eux. Je pense que ça fait partie d’une attitude plus générale envers l’Europe… L’Europe est toujours distante de beaucoup de nos propres partis politiques en réalité. Nous pouvons passer beaucoup de temps à travailler à ce que le PVE soit connu, ou nous pouvons plutôt passer du temps à en faire une organisation qui chapeaute les nôtres pour produire les orientations et ce que nous appelons les « consommables » pour une campagne électorale : le motif des affiches, certaines des brochures, quelques-unes des informations générales, quelques outils médiatiques… Ca pourrait vraiment nous aider, et je pense que dans ce sens c’est d’une importance cruciale. S’il réussit à faire ça, il aura fait un bon boulot.




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