Julia Willebrand

Julia Willebrand est née à Brooklyn (New York City) et vit aujourd’hui à Manhattan. Militante de longue date du parti Vert américain (US Green Party), elle fut sa candidate à la municipalité de New York City en 2001, une campagne interrompue suite à l’attaque sur le World Trade Center. Dans un contexte international marqué par les présidentielles américaines, elle a bien voulu répondre à nos questions et nous apporter son éclairage sur une élection qui concerne le monde entier.

Son parti Vert : United States Green Party (USGP)


Peux-tu nous présenter ton parti ? Son histoire, ses perspectives ?

Le Parti Vert des Etats-Unis (USGP) a été crée en 2001. Il est l’aboutissement d’un long processus d’unification des composantes écologistes du pays qui a commencé dès 1984, les Committees of Correspondence et l’ Association of State Green Parties. Notre mouvement a acquis une visibilité au niveau national pour la première fois en 1996 puis en 2000 lors des deux campagnes présidentielles de Ralph Nader.

Nous avons plus de 300 000 électeurs recensés comme « verts » par les bureaux des élections dans les différents Etats. Mais cette estimation est certainement basse par rapport à la réalité puisque seulement 20 Etats sur 50 ont une procédure qui autorise les recensements des électeurs par partis politiques. [1]

Nous avons des « partis » affiliés a l’USGP dans 45 Etats. Celui où nous avons la plus forte concentration est le Maine (3% de tous les électeurs) mais c’est en Californie que nous sommes les plus nombreux avec 150 000 verts enregistrés par le bureau des élections. Toujours en Californie, nous comptons désormais 55 élus actuellement en place.

Notre autre grande victoire est l’élection de Gayle McLaughlin, en tant que maire de Richmond, une ville de 100 000 habitants. C’est la plus grande circonscription administrée par un Vert. John Eder a également été élu en 2002 à la chambre des représentants de l’Etat du Maine et nous avons également été à deux doigts de remporter la mairie de San Francisco.

Et l’année 2008 ?

Sur le plan national, 2008 sera à coup sûr une année difficile pour les Verts. Malgré notre forte opposition à une administration qui n’atteint pas les 30% de satisfaction dans l’opinion américaine, on ne voit émerger aucun soutien massif pour aucun des candidats progressistes. Dans le contexte d’une élection fermée, la crainte de voir élu un pro-guerre, un opposant aux progrès environnementaux, un « toutou » de Wall Street, risque de limiter le nombre de voix pour les Verts au niveau national. Néanmoins, le USGP travaille afin de présenter un millier de candidats, localement. Si nous atteignons cet objectif, nous comptons bien obtenir un certain nombre de résultats sur le plan local.

Etre "Verte" dans la société américaine

La vision des Européens sur les Etats-Unis en tant que pays « anti-ecologiste » est probablement fondée. Il est frappant de constater que dans les sondages d’opinion, 79% des électeurs américains sont favorables à des normes plus strictes pour préserver la qualité de l’air, de l’eau et du sol tandis que 19% seulement intègrent des considérations environnementales dans le choix de leurs candidats !

Les propositions écologistes, sont pourtant dans l’ensemble bien reçues par la société américaine… lorsque nous avons la possibilité de les communiquer ! Le problème réside dans les lois et règlements qui empêchent de facto les Verts d’accéder à des responsabilités et donc d’obtenir une certaine visibilité.

Si on ajoute à ça les problèmes que nous rencontrons vis-à-vis de l’industrie médiatique américaine qui ne relaie que très rarement les positions ou actions des Verts, on comprend notre difficulté à exister.

Par exemple, en 2006, les candidats Verts de l’Etat de New York se sont vus refuser de participer aux débats télévisés parce que la chaîne avait établi une règle selon laquelle seuls sont invités les candidats qui sont parvenus à réunir 1 million de dollars pour leur campagne !

Le New York Times, qui généralement donne le ton du paysage médiatique dans son ensemble, ne reconnaît pas l’existence d’un parti Vert aux Etats-unis. C’est quand même frappant : lorsqu’Ingrid Betancourt a été kidnappée en Colombie, le New York Times la décrivait comme candidate du parti « Oxygène ». Ils ont délibérément exclu le mot « Vert » du nom du parti !

C’est en fait un de nos défis principaux dans les prochaines années : trouver les moyens financiers qui permettront aux Verts de surmonter les obstacles qui les empêchent d’accéder à des responsabilités. Ces obstacles ont été créés à la fois par les Démocrates et les Républicains qui ont plus d’intérêt à maintenir cette situation « duo-polistique » qu’à améliorer réellement le fonctionnement démocratique de notre pays.

Les US Greens et les autres

Nous avons, bien entendu, des relations régulières avec les partis Verts dans d’autres pays. Des représentants des Verts américains assistent régulièrement aux réunions du PVE (Parti Vert Européen) ou des partis verts du continent américain. Nous organisons aussi régulièrement des événements auxquels sont invités nos amis Verts de l’étranger.

Les Verts américains et canadiens ont travaillé conjointement depuis plusieurs années sur les questions liées au commerce. Cette collaboration a été un succès. Nous avons enfin établi de très bonnes relations avec le Parti Vert de République Dominicaine.

Enfin, à titre individuel, beaucoup de responsables de l’USGP ont des contacts réguliers avec leurs homologues des partis Verts européens.

Les élections présidentielles de 2008

Qui est le/la candidat(e) des Verts ?

Cynthia McKinney qui siégeait auparavant au Congrès avec les Démocrates avant de rejoindre l’USGP est la candidate des Verts pour les élections présidentielles de 2008.

Il est évidemment très difficile de faire campagne lorsqu’on refuse, comme nous le faisons, les dons venant du secteur privé et des grands lobbies industriels. Le plus grand défi est d’être présent dans le maximum de scrutins locaux. Grâce à un effort herculéen, nous espérons présenter des candidats dans 35 à 40 scrutins locaux au niveau des Etats. Sans un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars (ce que nous n’avons pas), il est impossible d’être représentés dans tous les Etats.

Clinton ou Obama ?

Ni Obama, ni Clinton ne sont en faveur d’un retrait immédiat des troupes américaines en Irak. Les deux ont voté en faveur d’un budget gigantesque pour cette guerre. Les deux sont en faveur des subventions destinées aux agro-carburants. Les deux acceptent l’argent du lobby nucléaire pour financer leur campagne. Aucun des deux n’est en faveur de l’assurance-santé unique (universal single payer health insurance). Il n’y a aucune raison de penser que la politique des Etats-Unis va changer de façon radicale à l’issue de ce scrutin, quel qu’en soit le résultat.

Et un vert à la Maison Blanche, ca donnerait quoi ?

Un(e) président(e) Vert prendrait immédiatement la décision d’un retrait des troupes stationnées en Irak. Il commencerait à réduire le nombre des quelques 700 bases américaines à travers le monde. Il fermerait le camp de Guantanamo. Il rétablirait des relations cordiales avec le Venezuela. Il ferait en sorte que les Etats-Unis paient ce qu’ils doivent aux Nations Unies. Il demanderait au Congrès de légiférer en faveur d’une assurance-maladie unique. Il ordonnerait à l’Agence pour la Protection de l’Environnement de veiller à la mise en oeuvre des lois sur la qualité de l’air, de l’eau, de la protection des espèces menacées… Là, ça serait vraiment un changement !

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vendredi 16 mai 2008

[1] Dans certains Etats américains, il est possible de s’inscrire sur les listes électorales en s’affiliant à tel ou tel parti politique. Cela peut donner le droit par exemple de voter lors des primaires de ces partis pour en choisir le ou les candidats.

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