Pêche illégale - Rapport du Parlement européen : L’UE doit doit renforcer les mesures pour combattre la pêche illégale
"L’Union Européenne a bien pris quelques mesures contre la pêche illégale dans son Plan d’Action de 2002, mais on est encore loin d’une pénurie de poisson illégal sur le marché européen. Les mesures mises en places doivent être renforcées et d’autres doivent être prises d’urgence. En plus d’une stricte interdiction de commercialisation pour le poisson illégal, nous avons besoin de sanctions réelles pour les fraudes avérées. Pouvoir suivre les pirates célèbres via l’introduction de listes noires pour certains navires et certains pays par exemple, ainsi qu’une coopération de l’UE avec les pays en développement aiderait à ce que ces pirates ne tirent pas trop sur la corde".
"Ces nouveaux pirates que sont les pêcheurs illégaux représentent un danger à la fois pour les stocks de poissons et pour les pêcheurs européens qui respectent les règlementations. De plus, les navires illégaux ne respectent pas les restrictions appliquées à la taille des mailles des filets ou aux zones de pêche, ce qui leur confère un avantage concurrentiel qui lèse les pêcheurs réguliers.
Des entreprises peu scrupuleuses réussissent à passer à travers les mailles du filet de contrôle en naviguant sous pavillon de complaisance et en changeant régulièrement leurs navires de pavillon(2). En tant que première consommatrice mondiale de poisson, l’Union Européenne doit prendre les armes et ses responsabilités dans la lutte contre les pirates."
Les estimations récentes évaluent le trésor de guerre prélevé par la pêche pirate à 2.4 milliards de dollars par an (3), dont la majeure partie venant des eaux de pays en développement. L’impossibilité financière pour ces pays de mettre en place des contrôles efficaces, particulièrement en Afrique de l’Ouest, aggrave les conséquences de ces pillages marins pour les populations locales dont l’économie et l’alimentation dépendent de la pêche, accentuant ainsi la pauvreté, l’insécurité alimentaire avec les conséquences migratoires qui en découlent.
La pêche pirate sape également les efforts internationaux pour éviter l’épuisement des stocks de poisson à risque. Sur le Thon Rouge par exemple, espèce au bord de l’extinction commerciale, la réduction des quotas de pêches officiels augmente le prix et donc l’attrait pour les pirates, tandis que les pêcheries peuvent d’autre part changer leurs navires de pavillon pour éviter les interdictions d’importation. A moins d’une action rapide contre la pêche illégale, ce ne sont pas les faibles réductions de quotas consenties au niveau international qui sauveront l’espèce (4)".
Notes de l’éditeur : (1) L’UE a décidé d’un Plan d’Action sur la pêche illégale en 2002. La mise en œuvre de ce plan doit être évaluée cet été et la Commission Européenne a indiquée qu’elle ferait rapidement une proposition législative. (2) Selon la loi internationale, c’est l’Etat du pavillon sous lequel navigue un navire qui doit vérifier que ce navire respecte les règles, ce qui inclue les mesures de management des entreprises de pêche, les conditions de travail, les standards sanitaires, etc… Pour éviter ces règles, les navires naviguent sous "pavillon de complaisance", pavillon d’Etats qui n’ont pas signés les conventions internationales et ne leur imposent donc pas ces règles. De plus, de nombreux navires, ne rentrent pas au port pour décharger leurs prises mais les transfèrent dans des navires cargo réfrigérés ("refeers") qui récupèrent le poisson de différents navires avant de le ramener au port. Il est ainsi possible de "blanchir le poisson" en mélangeant le poisson d’opérateurs légaux et illégaux. (3) Estimation du "Marine Resources Assessment Group" (4) Lors de la réunion de l’ICCAT, "International Commission for the Conservation of Atlantic Tunas", du 17 au 26 Novembre à Dubrovnik, les quotas pour le Thon Rouge dans l’Atlantique Est et la Méditerranée ont été fixés par les Etats Membres pour les 4 prochaines années : 29 500 tonnes en 2007, 28 500 en 2008, 27 500 en 2009, 25 500 en 2010. Pourtant, le comité scientifique de l’ICCAT avait recommandé une limite de 15 000 tonnes, considérée comme essentielle pour préserver l’espèce de l’extinction.
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