Pour les Verts au Parlement européen, le cas de la Chine révèle les failles du modèle de libre-échange mondial

Strasbourg, le 29 septembre 2005 - Le Parlement européen débat de la crise engendrée par les exportations chinoises. Selon un rapport de Caroline Lucas (Verts/ALE) discuté cette semaine à Strasbourg, la crise du textile ne représente que la partie visible de l’iceberg : grâce à la main-d’œuvre abondante, bon marché et de plus en plus qualifiée dont elles disposent, les entreprises implantées en Chine acquièrent rapidement un avantage concurrentiel dans un nombre croissant de secteurs économiques.

Le rapport du Dr Lucas, qui a été adopté le mois dernier par la commission du Commerce international, remet en question l’hypothèse traditionnelle selon laquelle les États-Unis et l’UE resteraient des acteurs de premier plan dans les secteurs à forte intensité de connaissance, tandis que les pays en développement se concentreraient sur les secteurs de moindre qualification.

Selon Caroline Lucas, "ceux qui pensent que la concurrence chinoise ne présente aucune menace pour l’Europe parce que celle-ci peut abandonner ce qui reste de sa vieille base manufacturière et se concentrer sur les industries à haute intensité de connaissances semblent oublier que la Chine et l’Inde sont aussi en train de développer leur propre expertise, bon marché mais très qualifiée, dans ces domaines."

"À l’heure actuelle, près de 20 pour cent des exportations chinoises concernent le secteur de la haute technologie, et avec deux millions de diplômés par an, tout porte à croire que ce chiffre va augmenter."

Le rapport invite la Commission européenne à mettre en place une stratégie à long terme pour l’industrie de l’UE qui tienne compte de ces nouveaux défis ; il invite également l’UE à repenser les conceptions prévalant actuellement quant aux gagnants et aux perdants de la mondialisation.

Le Dr Lucas s’inquiète aussi des effets de la concurrence chinoise sur l’emploi et les conditions de travail dans de nombreux pays en voie de développement.

"Les effets négatifs ne se font pas seulement ressentir dans l’UE où, selon l’Association européenne de l’Habillement et du Textile, le secteur du textile pourrait perdre jusqu’à un million d’emplois d’ici la fin de l’année prochaine ; la concurrence chinoise a aussi des conséquences dans les pays en voie de développement."

"La libéralisation du commerce dans le secteur du textile pourrait provoquer une catastrophe économique au Bangladesh, aux Philippines et au Cambodge, et a déjà amené ces pays pauvres à réduire les droits des travailleurs pour tenter de concurrencer la Chine en matière de prix."

"Aux Philippines, par exemple, le gouvernement a décidé de ne plus appliquer la législation relative au salaire minimum à l’industrie des vêtements. Au Bangladesh, où près de 90 pour cent des exportations de marchandises industrielles sont produites par une industrie du textile et du vêtement qui emploie 1,8 million de travailleurs, le gouvernement a récemment annoncé qu’il allait augmenter les heures supplémentaires autorisées et réduire les restrictions visant le travail de nuit des femmes."

Selon Mme Lucas, si les coûts chinois restent bas, c’est que la Chine ne protège pas ses travailleurs contre les salaires médiocres, les journées de travail trop longues et les accidents industriels. Les syndicats indépendants sont interdits, et les règles d’hygiène et de sécurité sont fréquemment transgressées. Le rapport demande à la Chine de respecter les droits fondamentaux des travailleurs, et propose la mise en place de programmes d’échanges entre responsables syndicaux européens et chinois afin de permettre à la Chine de tirer parti de l’expérience de l’Europe.

Le rapport constate que la croissance économique rapide de la Chine accentue les pressions sur ses propres ressources ainsi que sur celles des autres nations ; il demande que la coopération UE-Chine dans le domaine des technologies durables soit renforcée, et invite la Commission et le Conseil à faire pression sur la Chine pour qu’elle prenne des mesures en vue de mettre un terme aux importations illégales de bois d’œuvre et de produits du bois.

"L’UE doit voir dans la crise du textile un avertissement des dangers du libre-échange, et adopter un système de commerce basé sur des normes sociales et environnementales élevées, qui comporte des quotas si nécessaire ; un tel système serait plus juste et plus supportable pour les travailleurs tant dans le nord que dans le sud", conclut Mme Lucas.

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jeudi 29 septembre 2005
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